Changer notre perception à propos des handicaps

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Changer notre perception à propos des handicapsComment vous imaginez-vous une personne avec un handicap ou une incapacité? Une personne accompagnée par un chien-guide? Une personne se déplaçant en fauteuil roulant ou qui se parle toute seule dans le métro? Les termes handicap et incapacité sont trop généraux et ambigus.

Il peut être difficile de se sentir respecté comme une personne autonome et un membre de la société à part entière après s’être fait accoler l’étiquette de personne handicapée ou avec une incapacité. Notre choix de mots pèse très lourd dans l’équation. Pour moi, le mot « incapacité » est péjoratif. Son préfixe, « in », est synonyme de négation, de retrait et d’absence. Placé devant le mot « capacité », il indique donc le retrait ou l’absence d’une capacité. Je n’estime pas détenir moins de capacités que mes collègues, mes amis et les membres de ma famille; pourtant, c’est l’étiquette qu’on m’a donnée.

Voici comment la Commission ontarienne des droits de la personne définit une incapacité :

  1. tout degré d’incapacité physique, d’infirmité, de malformation ou de défigurement dû à une lésion corporelle, une anomalie congénitale ou une maladie, notamment, le diabète sucré, l’épilepsie, un traumatisme crânien;
  2. tout degré de paralysie, une amputation, l’incoordination motrice, la cécité ou une déficience visuelle, la surdité ou une déficience auditive, la mutité ou un trouble de la parole, ou la nécessité de recourir à un chien-guide ou à un autre animal, à un fauteuil roulant ou à un autre appareil ou dispositif correctif;
  3. une déficience intellectuelle ou un trouble du développement;
  4. une difficulté d’apprentissage ou un dysfonctionnement d’un ou de plusieurs des processus de la compréhension ou de l’utilisation de symboles ou de la langue parlée;
  5. une lésion ou une invalidité pour laquelle des prestations ont été demandées ou reçues dans le cadre du régime d’assurance créé aux termes de la Loi de 1997 sur la sécurité professionnelle et l’assurance contre les accidents du travail.

Selon ces définitions, la plupart de nous auraient à vivre avec une incapacité durant au moins une partie de sa vie. En fait, l’Organisation des Nations Unies a déterminé que plus d’un milliard de personnes à travers le monde vivent avec une incapacité; c’est environ une personne sur sept. Cette catégorie de gens demeure la plus pauvre, la plus isolée, la plus stigmatisée et la plus injustement traitée.

Jadis, on arrachait leur dignité aux personnes handicapées : elles se faisaient humilier, enfermer, voire euthanasier ou torturer. Au Canada, on a énormément travaillé pour renverser ce phénomène, mais il reste encore beaucoup à faire. Les personnes handicapées au Canada doivent encore faire face à des obstacles sociaux, économiques, systémiques et à la perception péjorative d’autrui. Les personnes avec une incapacité sont celles qui peinent le plus à se trouver un emploi. Selon Statistique Canada, près de la moitié des Canadiens handicapés qui cherchent activement un emploi sont au chômage ou n’arrivent pas à décrocher un emploi stable. De plus, les personnes handicapées sont de loin plus susceptibles d’être traitées injustement, particulièrement les enfants.

Dans ma vie, c’est la discrimination fondée sur la capacité physique qui a été la plus grande difficulté. Elle s’illustre par l’exclusion sociale des personnes handicapées; elle les empêche d’être acceptées par la société et d’avoir une vie normale. Ce genre de comportement et d’idées préconçues, la plupart du temps de nature péjorative, m’a toujours dérangée, que j’en sois ou non la cible. Je ne peux toutefois blâmer leur auteur. Après tout, une incapacité a une connotation négative pour les gens, ne serait-ce que sur le plan social, où il est perçu comme un fardeau, les gens tenant pour acquis que la personne handicapée vit aux crochets des autres.

Les gens ont toujours tenu pour acquis que je n’étais pas en mesure d’accomplir certaines tâches et d’atteindre certains objectifs. On m’a déjà dit qu’il était dommage que je ne puisse pas faire telle ou telle chose, ou qu’une activité serait peut-être trop difficile pour moi. Or, j’éprouve un malin plaisir à leur montrer qu’ils se trompent.

Je crois qu’il est possible de s’adapter à toute situation, en dépit des obstacles. Je suis moi-même née avec un trouble de la vue qui affecte la rétine. En raison de cela, j’ai toujours été considérée comme non-voyante. Techniquement, j’ai une certaine faculté visuelle légère, mais légalement, on me considère comme une personne aveugle. J’ignore ce qu’est d’avoir le plein usage de mes yeux, et j’ai donc pu m’adapter à mon entourage sans être affligée d’un sentiment de perte. Je me sens extrêmement privilégiée et chanceuse.

Je dois chacune de mes réussites à ma famille, particulièrement à mes parents. Dans l’environnement où j’ai grandi, on me traitait d’égal à égal et l’on considérait que je pouvais accomplir tout ce que je désirais. Mes parents m’ont toujours encouragé à réaliser mes objectifs. On ne m’a pas prise en pitié, je n’ai pas été jugée ni exclue des activités des enfants « normaux ». Pour mes parents, mon trouble de la vue faisait partie de mon identité, au même titre que mes cheveux bruns et mes yeux noisette. Ce n’était pas un fardeau, simplement une caractéristique personnelle. Ce message constant m’a permis d’aller à l’école, de trouver un emploi, de voyager et de profiter de la vie. Aujourd’hui, ces valeurs font partie de ma vie. Je suis aussi très fière de cette caractéristique, car elle me rend unique, et selon moi, la diversité devrait être recherchée, particulièrement en milieu de travail.

Les attitudes négatives et les idées préconçues pourront réapparaître dans ma vie, mais l’important pour moi sera de ne pas les intégrer. Nous devons prendre conscience de nos idées préconçues et de notre attitude, de leur origine, de ce qui les façonne et de leurs répercussions sur les autres. Quiconque, à tout moment, peut vivre de la discrimination fondée sur les capacités physiques. Il suffit d’être né avec un handicap ou d’en développer un au cours de sa vie pour être exposé à cette forme de discrimination. Tentez de vous sensibiliser à la situation des personnes ayant une incapacité et de les soutenir afin de faire tomber ces barrières subjectives et d’ainsi favoriser une société réellement inclusive. N’oubliez pas que nous sommes tous capables; il faut donc garder l’esprit ouvert.

Si vous avez fait l’objet ou avez été témoin de discrimination en milieu de travail, communiquez avec votre programme d’aide aux employés, au 1 866 833-7690 ou visitez le site travailsantevie.com

À propos de l’auteur:  Rosemary Romeo est conseillère clinique à l’accueil chez Shepell∙fgi.

 

 

 

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